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N°006 Bioéthique Essai 21 août 2026

« On naît femme, on ne le devient pas » : ce que la biologie répond à Simone de Beauvoir

La formule « causeur santé : on naît femme, on ne le devient pas » résume une thèse claire : le sexe féminin est une réalité corporelle, tandis que les rôles…

La rédaction Rédacteur · LMPT Collectif Oise
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Une femme regardant un modèle d'ADN, la féminité inscrite dans la biologie
Une femme regardant un modèle d'ADN, la féminité inscrite dans la biologie

La formule « causeur santé : on naît femme, on ne le devient pas » résume une thèse claire : le sexe féminin est une réalité corporelle, tandis que les rôles sociaux associés aux femmes peuvent évoluer. Au XXᵉ siècle, Simone de Beauvoir a popularisé l’idée inverse dans Le Deuxième Sexe avec sa célèbre phrase sur ce que les femmes « deviennent ». Le débat oppose aujourd’hui moins la biologie au féminisme que deux sens souvent confondus du mot « femme ». Voici comment distinguer sexe, condition sociale et identité sans réduire la personne à un slogan.

Ce que signifie réellement la formule de Simone de Beauvoir

« On ne naît pas femme : on le devient » est la citation la plus célèbre de Simone de Beauvoir sur la femme. Elle ne constitue pas, à l’origine, un énoncé médical sur la détermination du sexe. Elle appartient à une réflexion philosophique sur la manière dont une petite fille est conduite à occuper une certaine place dans la société.

Lorsque Beauvoir publie Le Deuxième Sexe, son propos s’inscrit dans l’existentialisme. L’être humain ne serait pas enfermé dans une essence fixée d’avance : il se construit par ses actes, son éducation, ses relations et les possibilités que la société lui ouvre ou lui refuse. La philosophe critique ainsi l’idée d’une nature féminine qui condamnerait chaque femme à la passivité, à la dépendance ou à une fonction sociale prédéterminée.

La phrase vise donc plusieurs réalités :

  • l’apprentissage de comportements présentés comme féminins ;
  • les attentes différentes adressées aux filles et aux garçons ;
  • la répartition des fonctions familiales et sociales ;
  • les représentations du corps, de la maternité et de la sexualité ;
  • la dépendance matérielle ou symbolique imposée aux femmes.

Dans cette perspective, dire que les femmes « deviennent » femmes revient à décrire une condition féminine façonnée par des normes. Cela ne démontre pas qu’un individu naît sans sexe ni que le corps féminin serait produit par le seul regard social.

La difficulté contemporaine vient d’un glissement de vocabulaire. Une formule conçue pour contester le destin social assigné aux femmes est parfois utilisée comme si elle permettait de détacher entièrement le mot « femme » de la réalité corporelle. Ce passage de la philosophie sociale à l’affirmation biologique n’a pourtant rien d’évident.

On naît de sexe féminin, mais on apprend des rôles sociaux

Une femme ne naît pas avec une préférence naturelle pour une couleur, une profession, une manière de parler ou une place particulière dans la famille. En revanche, elle naît avec un corps sexué dont l’organisation n’est pas une convention culturelle. Ces deux propositions peuvent être tenues ensemble sans contradiction.

Le sexe ne se réduit pas à l’apparence, à une tenue ou à un sentiment intérieur. Il renvoie à l’organisation corporelle liée à la reproduction, même lorsque certaines caractéristiques présentent une variation ou qu’une personne ne peut pas procréer. Une situation particulière peut compliquer l’observation ou la prise en charge médicale ; elle n’abolit pas pour autant la réalité générale de la distinction entre les sexes.

La société agit sur une autre couche de l’existence. Elle donne une signification aux différences corporelles, valorise certains comportements et en décourage d’autres. Cette influence peut produire des injustices réelles, notamment lorsqu’elle transforme une différence moyenne en obligation individuelle : une fille ne devrait jamais être privée d’une activité ou d’une ambition parce qu’elle ne correspond pas à un modèle réputé féminin.

QuestionRéalité corporelleDimension sociale
Qu’est-ce qui est constaté à la naissance?Le sexe de l’enfantLe prénom, les codes et les attentes choisis autour de lui
Qu’est-ce qui peut évoluer?L’apparence et certaines caractéristiques sous l’effet de traitementsLes rôles, les goûts, les métiers et les normes
Qu’est-ce qui fonde le classement sexué?L’organisation du corpsLes représentations attachées au féminin et au masculin
Quel risque faut-il éviter?Nier le corps lorsqu’il devient médicalement ou juridiquement pertinentEnfermer la personne dans un stéréotype

Cette distinction offre une ligne de conduite solide : combattre les contraintes sociales sans présenter le corps comme une erreur. Elle permet de défendre simultanément la liberté personnelle et la reconnaissance du réel.

Pourquoi le détournement de la citation pose un problème féministe ?

Le féminisme a longtemps nommé une réalité simple : les femmes peuvent subir des discriminations précisément parce qu’elles sont de sexe féminin. Si le mot « femme » ne désigne plus aucune réalité commune indépendante de l’identité ressentie, la catégorie politique que les mouvements féministes entendaient défendre devient plus difficile à définir.

Les questions liées à la grossesse, à l’accouchement, à certaines maladies, aux violences sexuelles ou à l’exploitation reproductive ne peuvent pas être comprises uniquement par le prisme des rôles sociaux. Elles concernent le corps féminin. La pression exercée sur une femme enceinte, l’effacement de la mère dans certains projets de GPA ou la sélection fondée sur le sexe ne sont pas de simples constructions linguistiques.

Reconnaître ce fait ne signifie pas que toutes les femmes possèdent les mêmes capacités ni qu’elles doivent devenir mères. Une réalité biologique n’impose aucun destin individuel. Une femme infertile, ménopausée ou ayant subi une intervention médicale ne cesse pas d’être une femme, car l’appartenance à un sexe ne dépend pas de l’exercice effectif de chaque fonction corporelle.

Le paradoxe mérite d’être souligné. Une phrase destinée à libérer les femmes d’une définition sociale étroite peut désormais servir à soutenir que toute personne se reconnaissant dans des codes féminins devient une femme. Or cette approche risque de réintroduire les stéréotypes que le féminisme voulait combattre : vêtements, attitudes et préférences seraient de nouveau traités comme les signes d’une essence féminine.

Le critère le plus protecteur consiste à dissocier clairement les deux plans. Une femme peut refuser tous les codes de la féminité sans devenir un homme, comme un homme peut adopter des manières dites féminines sans que sa personnalité soit invalidée. La liberté grandit lorsque les comportements cessent d’être sexués ; elle ne suppose pas que les sexes cessent d’exister.

La bioéthique ne peut pas faire abstraction du corps

Dans le champ de la santé, les mots servent d’abord à comprendre une situation et à choisir une prise en charge adaptée. Le respect dû à chaque patient n’autorise pas à rendre invisibles les données corporelles pertinentes. Une médecine attentive à la personne doit entendre sa souffrance tout en conservant une description exacte de son organisme.

Cette exigence concerne notamment :

  1. Le diagnostic, lorsque le sexe influence les symptômes recherchés ou l’interprétation d’un examen.
  2. La prévention, qui doit pouvoir nommer les organes et les risques sans détour.
  3. Les traitements, dont les effets doivent être appréciés à partir du corps réel du patient.
  4. La recherche, qui a besoin de catégories compréhensibles pour comparer les observations.
  5. Le consentement, qui suppose une information loyale sur les bénéfices, les limites et les conséquences d’une intervention.

Le langage de la santé ne doit être ni humiliant ni militant. Il peut respecter le nom et la dignité d’une personne sans nier son sexe lorsque celui-ci compte médicalement. La bienveillance porte sur la manière de recevoir le patient ; la rigueur porte sur la réalité que le soin doit prendre en charge.

Cette prudence devient particulièrement importante pour les mineurs. Une petite fille ou un garçon qui rejette les stéréotypes associés à son sexe ne devrait pas être aussitôt enfermé dans une nouvelle identité. Le mal-être demande de l’écoute, du temps et une évaluation globale de la situation. L’urgence d’affirmer une conclusion peut empêcher d’explorer les difficultés familiales, scolaires, psychologiques ou corporelles qui s’expriment.

De la définition de la femme à la question de la filiation

La controverse ne reste pas cantonnée aux dictionnaires. La définition du sexe engage aussi la manière de nommer la mère, le père et l’origine de l’enfant. En bioéthique, les mots décrivent des relations corporelles et généalogiques avant de traduire des préférences individuelles.

La maternité comporte une dimension biologique particulière : la mère est liée à la conception, à la grossesse ou aux deux selon les situations examinées. Les techniques de procréation peuvent dissocier certains éléments de ce processus, mais elles ne les rendent pas inexistants. La GPA, en particulier, oblige à regarder ce que les contrats et les projets parentaux font au corps de la femme qui porte l’enfant.

De même, la filiation ne se résume pas à l’affection, aussi essentielle soit-elle. Elle transmet à l’enfant une histoire et situe son origine. Protéger l’enfant suppose de ne pas traiter son corps et sa naissance comme des détails secondaires d’un projet adulte. Les désirs des adultes méritent d’être entendus, mais ils ne suffisent pas à définir seuls ce qui est juste.

Une bioéthique cohérente doit donc maintenir trois repères : la dignité égale de toutes les personnes, la réalité sexuée du corps et l’intérêt de l’enfant. Quand l’un de ces repères absorbe les deux autres, le débat devient rapidement abstrait ou injuste.

Sortir de l’alternative entre déterminisme et effacement

Le débat public présente souvent deux choix caricaturaux. Il faudrait soit accepter un destin biologique rigide, soit considérer que le sexe ne signifie plus rien. Cette alternative est fausse : le corps pose des données, non un programme de vie.

Le destin biologique critiqué par Beauvoir mérite de rester contesté lorsqu’il sert à limiter la liberté des femmes. Aucune aptitude intellectuelle, vocation professionnelle ou autorité morale ne se déduit du sexe. La différence entre l’homme et la femme ne justifie ni domination ni hiérarchie.

Mais l’égalité n’exige pas l’interchangeabilité absolue. Elle signifie que les différences ne diminuent pas la valeur d’une personne. La dignité commune permet précisément de reconnaître les corps sans établir de supériorité entre eux.

Pour parler clairement, il est utile de poser trois questions chaque fois que le mot « femme » apparaît :

  • S’agit-il du sexe féminin et de ses réalités corporelles ?
  • S’agit-il des normes sociales associées aux femmes ?
  • S’agit-il d’une identité personnelle revendiquée par un individu ?

Ces dimensions peuvent interagir, mais elles ne sont pas synonymes. Les confondre produit des débats sans issue, car les interlocuteurs utilisent le même mot pour parler de réalités différentes. Les distinguer permet de désapprouver une affirmation sans nier la dignité de celui qui la formule.

La formule de Simone de Beauvoir garde une force lorsqu’elle rappelle que les rôles imposés ne sont pas une fatalité. Elle devient trompeuse si elle sert à prétendre que le sexe serait créé par la volonté, le langage ou les normes. On naît avec un corps sexué ; on devient une personne singulière, libre d’adhérer ou non aux attentes attachées à ce corps. La priorité bioéthique doit rester la même : accueillir toute personne avec respect, protéger les plus vulnérables et ne jamais sacrifier le réel à la puissance d’un slogan.

Questions fréquentes

Qui a dit « On ne naît pas femme : on le devient » ?

Cette phrase est de Simone de Beauvoir, dans son livre Le Deuxième Sexe. Elle exprime sa critique de la condition sociale imposée aux femmes.

Est-ce qu’on naît femme ou est-ce qu’on le devient ?

On naît de sexe féminin, tandis que l’on apprend ou rejette des rôles sociaux associés aux femmes. Le corps sexué et la construction sociale de la féminité sont deux réalités distinctes.

Quelle est la citation la plus célèbre de Simone de Beauvoir sur la femme ?

La citation la plus connue est : « On ne naît pas femme : on le devient. » Elle est généralement comprise à la lumière de l’existentialisme et de la critique des normes sociales.

Dire que l’on naît femme revient-il à imposer une nature féminine ?

Non. Reconnaître le sexe féminin ne permet pas de déduire les goûts, le caractère, le métier ou le rôle familial d’une personne. La réalité biologique décrit le corps ; elle ne dicte pas une manière unique de vivre.

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La rédaction

À propos de l'auteur

La rédaction

Rédaction en chef · spécialité Bioéthique

  • Maman de 3
  • Ex-doula formée
  • Lectrice La Leche League
  • Conseil péri-natalité 8 ans
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