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Macron le MONDIALISTE, en marche vers le TRANSHUMANISME : la grande clarification idéologique, par Guillaume de Prémare

 

lu dans le Figaro Vox :

guillaume de prémare

Pour le consultant en communication Guillaume de Prémare, ce sont deux visions radicalement différentes du monde et de la France dans la mondialisation qui se sont opposées lors du second tour de l’élection présidentielle.

Guillaume de Prémare est délégué général d’Ichtus, consultant en communication et ancien président de La Manif pour tous.

Cette élection présidentielle opère une certaine clarification du clivage politique structurant l’histoire contemporaine, intimement lié à la mondialisation-globalisation et aux fractures sociopolitiques qu’elle porte.

Paradoxalement, la finale de l’élection présidentielle entre deux candidats qui revendiquent le «ni droite ni gauche» provoque une certaine clarification, alors même que l’offre politique classique se trouve profondément bouleversée.

Comment pourrait-il y avoir une clarification alors même qu’Emmanuel Macron est volontiers présenté comme le «candidat du flou»? Macron a été brocardé quand il affirmait que le programme importait peu, accordant la primauté à la vision et au projet, voire à la mystique politique qui s’y attache. D’une certaine manière, il a raison. Macron incarne une vision, un projet et une mystique ; et il a compris mieux que ses concurrents directs (Hamon et Fillon) que cela constitue le ressort profond de la politique, particulièrement quand l’histoire se trouve à un tournant.

Un regard porté sur l’histoire

La vision de Macron est d’abord un regard porté sur l’histoire, qui consacre les paradigmes de la postmodernité et de la mondialisation-globalisation comme un monde qui s’impose à nous en tant «qu’option fondamentale». Lutter contre ce monde nouveau, en marche depuis les années 1990, serait lutter contre des moulins à vent. Voilà peut-être le sens profond de son slogan «En marche!», dénoncé comme vide de sens et qui ne l’est peut-être pas tant que cela.

Son projet est d’inscrire la France parmi les vainqueurs dans ce nouveau monde hyperconcurrentiel. Sa mystique est en quelque sorte celle de la civilisation technique de la Silicon Valley, qui porte l’ambition d’une nouvelle anthropologie, presque présentée comme un stade de l’évolution de l’espèce humaine. Ici, l’évolution n’est plus seulement un processus naturel dans un contexte donné, mais un processus culturel permis par la révolution technologique.

Le talent de Macron est d’avoir donné, par la magie du verbe, un souffle à cette vision de la France en marche dans le vaste monde, tout en incarnant l’apparence d’un renouvellement. Il assume sans complexe le clivage porté par la mondialisation-globalisation. Il entend contribuer de manière décisive à l’enterrement de la «vieille politique» en donnant une substance métapolitique au choix qui s’offre à nous. «Choisissez le grand monde!», semble-t-il nous dire avec une certaine magnanimité. Les deux candidats finalistes présentent, sous cet aspect, un choix assez net: être résolument en marche dans cette vision de l’histoire ou y mettre un coup d’arrêt radical.

Une fracture sociogéographique

Sur ce plan, voici la France coupée en deux. Ce qui est davantage structurant ici n’est pas le clivage droite-gauche, mais la fracture entre la France urbaine et la «France périphérique» décrite par le géographe Christophe Guilluy. Même si ce fossé ne saurait être une grille de lecture unique de notre moment politique, la carte électorale de ce premier tour de la présidentielle vient confirmer l’importance de cette fracture sociogéographique, devenue une ligne de clivage sociopolitique.

Dans ce cadre, l’appartenance à une sociologie ou à l’autre constitue un élément moteur du vote, même s’il n’est pas exclusif. Le résultat du premier tour présente donc une certaine cohérence historique. Et le second tour [et les législatives] se présentent fort logiquement autour de cet enjeu fort: la vision du monde et la place de la France dans ce monde.

Ce choix fondamental porte à peu près tous les autres choix: intégration européenne ou retour à la souveraineté politique des nations ; libre échange ou protectionnisme ; dérégulation ou contrôle des activités économiques et financières ; ubérisation du travail ou protection du cadre contractuel et statutaire ; métissage culturel ou identité ; libéralisme migratoire ou retour des frontières ; ultramobilité ou enracinement ; progressisme sociétal ou conservatisme, etc.

De manière transversale, le débat sur les options économiques et sociales est décisif parce que le système économique global constitue l’infrastructure du nouveau monde.

Cependant, à la racine, c’est bien la question anthropologique et culturelle – la vision de l’homme et de la société – qui se joue, parce que ce «monde unique» porte un homme nouveau plongé au cœur de nouvelles formes d’interactions sociales déterminées par le paradigme technique et l’extension permanente du domaine du marché. Nous voici plongés dans des questions qui dépassent largement l’immédiateté du bulletin de vote. Elles méritent d’être abordées dans une Agora à l’abri de l’hystérie politicienne et de l’instrumentalisation dialectique du réel.

2017-05-13