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Entretien Madeleine de Jessey – Marion Maréchal-Le Pen : POUR une convergence des conservateurs et souverainistes…

 

madeleine-de-jessey-marion-marechal-2_articleLu dans Famille Chrétienne :

 

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Pour changer les choses, il faut arriver au pouvoir. La stratégie d’opposition du FN est-elle efficace?

M.M.-L. P.  : Nous ne sommes pas dans une stratégie d’opposition, mais dans une stratégie qui consiste à dire : « On préfère perdre sur nos idées que gagner sur celles des autres. » Cette stratégie prend du temps, elle est laborieuse, mais elle produira ses fruits quand nous aurons amélioré notre ancrage local. Je ne crois pas au plafond de verre.

M.J.  : Vous invitez à la patience face à votre bilan et aux résultats que vous allez obtenir, moi j’invite les membres du FN à comprendre que, nous aussi, nous avons besoin de temps. Pourquoi faites-vous preuve d’autant d’impatience vis-à-vis de notre bilan ?

M.M.-L. P.  : Car vous êtes élus pour un temps déterminé. Vous allez voter toutes les choses néfastes que l’on va vous proposer pendant dix ans ?

M.J.  : Il ne s’agit pas de voter pour des choses néfastes, mais de travailler de l’intérieur, sur le fond, pour que de bonnes propositions surgissent. Des premiers résultats sont déjà visibles.

Peut-on imaginer une alliance entre différents mouvements de droite, dont les vôtres?

M.M.-L. P.  : Faute de proportionnelle, le système est pour l’instant verrouillé autour du bipartisme. Est-ce que cela interdit pour toujours une alliance entre nous ? Vous savez, il ne faut jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! »

M.J.  : Le drame aujourd’hui est que les partis censés incarner les clivages politiques, au demeurant légitimes, ne représentent plus les Français. Nous allons au-devant de recompositions majeures en 2017. Il existe un espace politique – conservateur et souverainiste – qui n’est pas investi. Je verrais d’un très bon œil que cet espace se structure. Son objectif serait de rassembler le peuple français autour de l’identité culturelle de la France.

M.M.-L. P.  : J’ai un rêve. Plus exactement, il s’agit d’un rêve qui ferait suite à plusieurs cauchemars… Imaginons Alain Juppé désigné candidat de la primaire à droite [l’interview date de mai 2016]. Second cauchemar, Alain Juppé victorieux à l’élection présidentielle. Mon rêve serait de voir se lever tous ceux qui, au sein des Républicains, n’en peuvent plus de cette ligne fédéraliste et laxiste.

M.J.  : Les esprits sont mûrs pour faire quelque chose de neuf à droite. Cela dit, Sens Commun ne se reconnaît vraiment pas dans le discours d’un Florian Philippot ou d’une Marine Le Pen, tant sur le fond que sur la forme, notamment en raison de leur étatisme en matière d’économie ou pour l’éducation, qu’ils souhaitent centraliser encore plus ! Il existerait d’autres alternatives qu’une fusion pure et simple dans le FN. Encore faut-il être prêt à se détacher de tout logique partisane ou dynastique…

M.M.-L. P.  : Mais ce bloc n’a pas vocation à se fondre dans le FN. Ce nouveau parti issu des Républicains garderait ses spécificités, car nous avons des histoires différentes. Mais nous avons un socle commun. Ce qui permettrait de mettre en œuvre des alliances locales pour battre cette droite qui a tout trahi.

La question de l’identité sera-t-elle un des axes de 2017, comme l’a déclaré dernièrement Édouard Balladur ?

M.M.-L. P. Le combat des années à venir, c’est le combat identitaire. Il est multiforme. Je suis optimiste, car je constate, après les Manifs pour tous, qu’il y a – et ce n’était pas arrivé depuis extrêmement longtemps – une convergence des aspirations entre une jeunesse plutôt bourgeoise et une jeunesse populaire. Les aspirations de la première touchent surtout la vision de l’homme et de la femme, et celle de l’institution du mariage. Pour la seconde, elles concernent l’aspect identitaire, c’est-à-dire les mœurs et les modes de vie, car cette jeunesse-là est davantage confrontée au problème du multiculturalisme. Ces questions d’identité sont d’autant plus fondamentales que, un jour ou l’autre, nous deviendrons une communauté parmi les autres. Et ce jour-là, il deviendra extrêmement compliqué de changer la donne.

M.J. Je vous rejoins sur la question de l’urgence d’aimer et de faire aimer la France pour fondre tous les Français dans une vraie communauté de destin dans laquelle ils aient des repères communs. Il n’y a pas de fraternité possible s’il n’y pas de repères partagés. Là où je vous rejoins aussi, c’est dans la responsabilité de nos dirigeants, et en grande partie de nos dirigeants socialistes, qui ont toujours privilégié la diversité sur l’unité de la nation, et qui ont fondé leur politique, non pas sur la recherche du bien commun, mais sur les revendications des minorités, de telle sorte qu’ils ont sapé l’idée de destinée commune. Pour retrouver cette destinée commune, nous devons renouer avec notre passé. Or le drame de la France, c’est d’avoir dépossédé ses jeunes de leur Histoire et de leurs repères culturels.

L’école n’assure plus cette mission d’intégration et de transmission, même si – et c’est pour cela qu’il faut savoir voir aussi les signes d’espoir, et pas seulement dénoncer ce qui ne va pas – des écoles sous contrat résistent, notamment à la réforme du collège, en continuant de transmettre cette culture de l’exigence. Des modèles alternatifs émergent aussi, comme la Fondation Espérance banlieues…

M.M.-L. P. C’est très bien ce que fait cette Fondation.

M.J. … qui œuvre à cette mission d’intégration, de transmission de l’amour de la France. Notre point de divergence, c’est lorsque vous dites que les Français vont devenir minoritaires. Je ne suis pas sûre de bien comprendre cette expression.

M.M.-L. P.Que les choses soient claires, je n’ai pas une vision racialiste de la France. Je crois en l’assimilation. Néanmoins, force est de constater que notre pays est devenu une usine à fabrication industrielle de Français de papier. La nationalité française est démonétisée pour deux raisons : le regroupement familial, qui a été une bascule terrible, et le droit du sol. L’assimilation ne fonctionnant plus, un certain nombre de communautés ne vivent plus ensemble, mais les unes à côté des autres en se regardant en chien de faïence. Quand je dis que la communauté française deviendra une communauté minoritaire, je parle de ceux qui seront encore porteurs de notre Histoire, de nos traditions, de nos mœurs et de cette façon de vivre à la française. »

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2017-02-23